Nous étions heureux à l’époque. J’étais propriétaire d’une grande maison. J’avais une famille bien à Moi ! Mon épouse était belle. Les gens s’étonnaient parfois de constater qu’une si jolie femme avait eu un mari à la beauté si particulière ou même totalement dépourvu de beauté. Elle m’avait donné deux magnifiques enfants qui étaient la joie de mon cœur. Je me rappelle de ces moments où je rentrais exténué et ils accouraient pour m’accueillir dans leurs bras. Quel bonheur ! Quel refuge pour l’âme !

L’ on est bien faible quand on est amoureux. Et moi, j’étais épris du Social. Je trouvais dans celui-ci une reconnaissance que je n’avais jamais eu gamin.

Mon père était un taiseux qui avait souffert des rudesses du travail en usine. Pas vraiment un poète ou un adepte des longs discours. Quand il me parlait, c’était pour me réprimander ou m’humilier. Et quand il ne le faisait pas avec des mots, il le faisait avec des baffes. Il nous aimait à sa manière. Il n’a pas connu son père. Celui-ci s’est éteint quand il avait 6 ans. Il était l’ainé et sa mère ne savait ni lire ni écrire. Il lui a donc fallu affronter très tôt le monde des adultes et ramener de quoi manger.

« C’est ça la vie mon fils ! Faut bosser ! ».

Il lui en a fallu du temps à mon père pour s’ouvrir ! On savait que cette rudesse était une carapace construite pour traverser cette vie difficile qu’il a eue. Au fil des années, on avait vu l’évolution de son caractère à la façon dont il nous corrigeait. Mes frères ainés avaient morflé plus que tous. Moi j’étais à mi-chemin sur son chemin de pénitence. Mes cadets eux n’ont jamais senti la douleur de ses coups ou le cuir du martinet. En vieillissant, en voyant ses amis nous quitter les uns après les autres, il s’est assagi. Il a évolué et s’est découvert une spiritualité. Il a enfin laissé parler son cœur. Puis, il a commencé à nous raconter son parcours et son enfance. Celui qui était rustre comme père était devenu si doux en devenant grand-père.

Ma mère elle, était surprotectrice. Elle avait peur de tout pour ses petits. Une véritable éponge émotionnelle qui doutait de tout. Elle ne savait pas qu’elle nous transmettait ses peurs. Elle a dû se construire comme cela pour résister et survivre. Elle n’a pas eu le choix, la pauvre. Elle a tout sacrifié pour que ses enfants n’aient pas la même vie que la sienne. Elle était venue en France à l’âge de cinq ans avec son frère aîné. La misère de son pays ne l’a jamais vraiment quittée. Elle respirait la joie. Elle puait l’amour pour ses enfants. Nous étions tout pour elle et même plus. Gamin, je voulais tant prendre ma revanche sur cette vie. Je lui disais :

«  Tu sais Maman quand je serai grand, je t’achèterai une maison juste pour toi ».

Et Moi dans cela ! Pour me construire dans cette histoire familiale, j’ai surinvesti les études au détriment de mes relations sociales. Je manquais de confiance et j’avais une piètre image de moi-même. Alors, quand j’ai pu « me réaliser » et « m’épanouir » dans ce milieu, j’ai foncé tête baissée. Le Social était devenu le moyen de réaliser ma vendetta, mon lot de consolation par rapport à cette destinée qui avait mal commencé. Je lui ai tant donné, tout donné, trop donné ?

Malheureusement, je ressemblais à beaucoup d’autres hommes, soucieux de ce qui se passait au loin et indifférent à ce qui était près de moi.

Avec le recul, je me rends compte que j’ai trop donné. J’étais perdu ou éperdument amoureux. Peut-être que j‘avais besoin de me réaliser ou plutôt combler ce qui me faisait défaut. J’ai cru en elle et en ce fichu milieu.

Les pairs étaient -ils les pires ? Je crois bien malheureusement.

Quand je me relis, je me dis bien que j’aurai mieux fait d’écrire un livre empreint d’optimisme, un de ces bouquins qui inspirent. Comme disait l’autre « Mais ces textes, ça ne donne pas envie de travailler avec vous ».

Mon écriture est à mon image: sombre, obscur et noir. Je ne suis pas là à pleurer sur mon sort ou à rechercher une quelconque compassion. J’en ai fini avec ces conneries. J’exhorte seulement ces fichus démons qui m’habitent à s’en aller mais rien n’y fait. Je suis là à décrire la souffrance qui me hante. Lors de toutes ces insomnies, lors de chacune de ces nuits blanches, j’avoue j’ai capitulé face aux ténèbres qui me gagnaient. Anéanti, appesanti et prisonnier de tous ces silences qui m’assourdissent. Toutes ces voix funèbres me réduisent au silence.

Mais suis-je donc véritablement malade comme ils l’affirment ? 

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